Gardez-Moi de mes Ennemis !

De la bonne façon de gérer ses ennemis en Murder et de la bonne façon de s'en prémunir sans pour autant les éviter.

Cet article est le résultat d'un triste constat que j'ai fait à de nombreuses reprises sur des Murder Parties. Il arrive très souvent que sur votre fiche de personnage soient libellés un ou plusieurs ennemis. Individus, groupes, factions... Ces ennemis sont autant de principes actifs de jeu, de moteurs. Des prétextes à action, à enquête, à interactions... En résumé, ils sont créateurs de jeu.

Hélas, trop souvent à mon goût, ces ennemis sont considérés comme des obstacles, des problèmes liés au personnage et non comme des opportunités. Le mauvais réflexe typique se traduit souvent par « un obstacle, on s'en débarrasse ». Donner un coup de couteau, achever, empoisonner, c'est si facile... Et si bref, malheureusement. En agissant ainsi, ces joueur maladroits se privent tous seuls, comme des grands, d'une bonne partie de leur plaisir de jeu. En effet, non seulement ils ôtent délibérément une partie des interactions qui devaient constituer pour partie l'épaisseur de leur personnage mais, en plus, ils gaspillent de la « matière de jeu » qui aurait pu durer bien plus longtemps. Mais si, je suis sûr que vous avez déjà pu observer ce phénomène.

Prenons un exemple : vous êtes sur le point de partir chez votre grand-mère. Forcément, vous n'avez pas envie que votre chat ait faim en votre absence. Donc, vous remplissez à ras bord sa gamelle de croquettes. Vous partez. Observons le chat. Il y a de fortes chances qu'il mange tout d'un coup dès votre départ, quitte à se gaver et à avoir des maux de ventre et crier famine dans les deux jours qui suivent en attendant votre retour. (En plus, vous aviez pris une bonne marque, à cause de cette promo au supermarché, qui... Bref.)

C'est tout simplement une mauvaise gestion de ses ressources. Un joueur peut tout à fait commettre exactement le même genre d'erreurs. En l'occurrence, se débarrasser immédiatement de son ennemi, qu'il considère comme un problème, un obstacle à la réussite de son personnage.

Mais pourquoi croyez-vous que les organisateurs et les scénaristes s'escrimeraient à vous organiser ces interactions si elles n'étaient que des complications inutiles ?

Dites-vous bien une chose : un ennemi est précieux. Si. Il existe, auprès d'un ennemi, une infinité d'interactions possibles. Attention, je ne prétends pas qu'il faille oublier qu'il s'agit d'un ennemi et le traiter en ami pour autant (encore que se réconcilier avec un ennemi peut prendre tout un GN ou une Murder de roleplay... C'est le syndrome du « meilleur ennemi »). Il ne faut pas non plus se contenter de l'ignorer, cet ennemi, ce serait une attitude aussi inutile que stérile. Non. Considérons qu'il est bel et bien votre adversaire et que vous cherchez à lui nuire. Pour commencer, une scène de confrontation orale avec lui, en public, peut tout à fait constituer le cadre d'une belle exposition de votre rancoeur. Le ton, le volume sonore, les gestes et même, pourquoi pas, un ou deux indices de votre passé à glisser dans votre tirade pour renseigner un petit peu votre public sur la nature de votre inimitié. Les joueurs recourent trop souvent et trop facilement à la violence physique. Une belle tirade agressive conviendra ici bien mieux. De plus, elle donne aux témoins une idée très précise de vos relations et enrichit donc le tissu social du jeu.

Et ensuite ? Certes, l'agresser verbalement ne constituera pas la totalité de votre jeu. Pourquoi, donc, ne pas chercher à lui nuire ? A lui, dans un premier temps, et puis, si vous êtes vicieux, à sa famille ou à ses amis ?..

Nuire à quelqu'un, c'est un travail à plein temps et de longue haleine... Et surtout, c'est passionnant. Ca peut même fournir du jeu à un tiers (harceleur, voleur, âme damnée, homme de main...). Alors que le tuer sans autre forme de procès, comme nous l'avons vu en début d'article, c'est tout simplement tuer dans l'oeuf d'infinies possibilités.

Saisissez-vous de ses biens... Prenez-vous-en à sa fortune... Démolissez sa réputation... Faites-le faussement accuser, discréditer... Faites en sorte qu'il se retrouve embarqué dans une affaire louche, puis dénoncez-le... Organisez une rencontre avec une personne accorte, mais mariée, puis faites-le accuser d'adultère... Il ne s'agit là que de quelques exemples ciblés, mais les possibilités ne manquent pas. Et mettre en place de tels complots prend du temps. Et du temps bien employé ! Laissez tomber les assassins, faites le travail vous-même ! Ruiner quelqu'un financièrement, socialement, culturellement s'avère infiniment plus riche et plus amusant, et tout aussi définitif.

A bon entendeur...

Un article de Christian André